La Saint-Martin, la fête des enfants du Nord
Une betterave creusée, une bougie dedans, et des enfants qui chantent dans la rue à la tombée de la nuit. C'est la fête du 11 novembre dont personne ne parle.

Photo prise par nos soins
Publié le 28 octobre 2026
Un soldat, un manteau, et un évêque
Martin était un soldat romain. Devant les portes d'Amiens, un soir d'hiver, il coupe son manteau en deux pour en donner la moitié à un mendiant. Il devient ensuite évêque de Tours, et l'un des saints les plus populaires de l'Europe du nord. Sa fête tombe le 11 novembre.
C'est une date de bascule dans le calendrier paysan : les récoltes sont rentrées, les baux se renouvellent, les journées sont courtes. La fête des enfants s'est installée à cet endroit précis de l'année, celui où la nuit tombe tôt et où une lanterne a du sens.
Pourquoi une betterave et pas une citrouille
Parce que c'est ce qui pousse ici. La betterave fourragère est la culture du Nord par excellence, elle se récolte précisément à cette saison, et elle est assez grosse et assez ferme pour être évidée, percée de motifs et portée au bout d'un bâton.
Le geste est le même que celui de la citrouille d'Halloween, et il est bien plus ancien dans la région. Les enfants les creusent en classe ou à la maison, les enfilent sur une ficelle ou un manche, et le cortège part quand il fait nuit.
Le cortège, et ce qu'on y chante
Les enfants se rassemblent à la nuit tombée, lanternes allumées, et traversent le village ou le quartier en chantant. Dans beaucoup d'endroits, un Saint-Martin à cheval ouvre la marche. À l'arrivée, on distribue des brioches, des friandises, parfois du chocolat chaud.
Les chansons varient d'une commune à l'autre, et c'est normal : elles se transmettent par l'école et par la famille, pas par un livre. Ce qui ne varie pas, c'est l'heure, la nuit, et le fait que ce soit une fête d'enfants que les adultes accompagnent sans en être le sujet.
Où elle se tient encore
Dans les villages de Flandre intérieure, dans le Dunkerquois, et dans une partie du Hainaut belge tout proche. Dunkerque et ses communes voisines organisent des cortèges qui rassemblent beaucoup de monde.
À Lille même, la fête a presque disparu. Elle survit par endroits, portée par une école ou un comité de quartier, mais un Lillois de trente ans a de bonnes chances de n'en avoir jamais entendu parler. C'est l'une de ces traditions qui se sont arrêtées à la porte de la grande ville.
Ce qu'on mange ce jour-là
Rien de codifié, contrairement à Noël. On mange ce qu'on mange en novembre dans le Nord : des plats qui mijotent, de la carbonade, du hochepot, des chicons. La brioche du cortège est la seule pâtisserie attachée à la date.
C'est aussi le moment de l'année où les cartes changent. Les plats d'été disparaissent, les marmites reviennent, et c'est la saison où un estaminet redevient ce pour quoi il a été fait : un endroit chaud quand il fait noir dehors. Les cartes de novembre de nos huit maisons sont sur le guide des estaminets de Lille.
Les plats d'automne, dans nos maisons
Les cartes changent avec la saison. Elles sont en clair, avec les prix, sur la fiche de chaque maison.
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